Alexis prêt à se battre
Le rêve de Jacques Edouard Alexis est d'être en lice avec les autres candidats agréés à la présidentielle du 28 novembre 2010. Il entend se battre pour le réaliser en dépit des « manoeuvres » de ceux, dont des sénateurs, ayant fait de la décharge un obstacle suprême à ses ambitions. L'ex-premier ministre, « servilement docile » selon certains, joue son avenir en se remettant à René Préval. Celui qui l'a lâché en avril 2008 et préféré Jude Célestin à lui comme candidat de l'Inite, il y a quelques jours. Coup de poker ?
Haïti: Emporté par la fronde « intéressée » des mammouths de l'Inite, l'ex-premier ministre Jacques Edouard Alexis, ayant sauté in extremis sur la « bouée de sauvetage MPH » de Samir Mourra, annonce les couleurs et met en garde ceux qui font de la décharge de sa gestion un obstacle sur sa route vers la présidentielle du 28 novembre 2010. « Je vais me battre. Je n'accepterais pas que mes droits soient violés d'autant que j'avais pris la précaution d'écrire au Parlement 17 à 18 mois auparavant sollicitant décharge », a-t-il lancé avec la fougue d'un boxeur prêt à en découdre avec son adversaire dans une petite salle du CENAREF où militants politiques et journalistes étaient entassés comme des sardines, ce lundi 9 août 2010.
Le 16 février 2009, a expliqué M. Alexis, deux correspondances ont été adressées à Levaillant Louis Jeune et Kély C. Bastien, respectivement président de la Chambre de députés et du Sénat sollicitant décharge pour la période s'étendant du 9 juin 2006 au 4 septembre 2008. Si le président de la Chambre des députés Levaillant Louis Jeune a confirmé la réception de cette lettre, celui du Sénat ne l'a pas fait, prétextant, six mois après, ne l'avoir pas reçu, a confié M. Alexis, amer, révulsé à l'égard du sénateur Bastien dont la secrétaire avait bel et bien accusé réception de cette correspondance. « La décharge est une question technique, elle n'est pas politique », a-t-il fait remarquer en soulignant qu'il ne peut pas être pénalisé à cause du dysfonctionnement de la commission bicamérale de décharge du Parlement.
Jacques Edouard Alexis, professoral, confirme avoir sollicité par écrit l'intervention sur la question du président René Préval, garant du bon fonctionnement des institutions, selon la Constitution. Après ma lettre, le président Préval a pris conscience de la situation et travaille avec le CEP afin de trouver une solution, a-t-il dit. Curieusement, Jacques Edouard Alexis s'est montré élogieux à l'égard de René Préval, son mentor politique qui l'a pourtant livré en pâture aux sénateurs Youri Latortue, Evalière Beauplan entre autres le 12 avril 2008 lors des « émeutes de la faim » et lui a préféré récemment Jude Célestin comme candidat de l'Inite. « Je ne nourris aucune gêne ni amertume d'avoir fait partie de l'équipe gouvernementale sous le leadership du président René Préval en qualité de ministre à trois reprises et de Premier ministre en deux occasions. Ces expériences, s'est-il réjoui, m'ont aidé à construire un fonds politique. » Continuer > Critiqué par certains à cause de sa « docilité servile » au président René Préval, Jacques Edouard Alexis, revenant sur les réunions, les remous de coulisses, les discussions et les tractations en vue de la désignation du candidat de l'Inité à la présidentielle a confirmé que le chef de l'Etat, l'un des grands manitous de cette plateforme avait dans un premier temps jeté son dévolu sur lui.
L'actuel ministre de la Justice, Paul Denis, ami de vieille date de René Préval avait des objections. La fronde, timide au début, a pris corps et s'est amplifiée, a raconté M. Alexis affichant un certain plaisir, si ses détracteurs ont évoqué, de manière non péjorative, sa rigidité, son refus de négocier pour l'écarter. L'autre argument a été, a expliqué Alexis, d'avoir constitué au CENAREF une équipe qui est en face de celle du président Préval. Se présentant comme un homme d'équipe, un chef d'orchestre, l'agronome, précautionneux n'a affiché aucune opposition à M. Préval, ni revendiqué des initiatives du genre, même s'il rappelle que son aventure avec l'Inite est terminée.
Un air de campagne
Sur un air de campagne, Jacques Edouard Alexis, en chantre de l'inclusion, a annoncé que la réforme de l'Etat sera sa première priorité s'il est élu. « L'Etat ne peut pas être partial dans l'application de la loi. Il doit être en mesure de faire respecter son autorité en toutes circonstances. Toutefois, il doit créer les conditions permettant aux citoyens d'avoir accès aux services », a-t-il dit en promettant « d'éliminer le fléau qu'est la corruption » en vue d'encourager les investissements d'Haïtiens et d'étrangers capables de générer de la richesse et créer des emplois. « Nous n'affichons aucun penchant pour nous ériger en messie. La remise sur pied de notre pays lourdement abîmé nécessitera la conjugaison des efforts entre toutes les couches de la société et de tous les compatriotes en Haïti et dans la diaspora », a indiqué M. Alexis, reconnu par certains comme étant l'un des candidats inscrits ayant le plus d'expérience pour diriger le pays.
« Par rapport à la communauté internationale, nous maintiendrons le cap sur la diversification des relations d'amitié et de coopération dans le cadre des principes cardinaux de respect de la souveraineté et de non ingérence », a-t-il promis à un moment où le pays, après le tremblement de terre du 12 janvier est l'objet, d'après plus d'uns d'un « tutorat humanitaire nécessaire ».
L'ex-Premier ministre Jacques Edouard Alexis a enfilé ses gants. Il s'échauffe et harangue ses partisans. Ses rêves de concourir afin d'enfiler l'écharpe présidentielle pourraient être anéantis si René Préval n'intervient pas pour lui donner décharge avant le 17 août, date de la publication des candidatures agréées. Entre-temps, sans la machine Inite, obligé de se lancer dans la course avec un « petit parti politique» Jacques Edouard Alexis joue son avenir politique sur René Préval. Jamais un sans deux ni deux sans trois, disent certains alors que d'autres, habitués aux prouesses magiques à la Houdini de Préval parient sur le contraire car l'homme de Marmelade s'est donné plusieurs jokers pour la présidentielle qui s'annonce palpitant et riche en rebondissements. Comme un poker menteur...
Roberson Alphonse ralphonse@lenouvelliste.com
