Le système d'éducation secondaire en Haïti ne répond pas aux besoins du pays et doit être réformé
Haïti: L'éducation peut grandement contribuer au développement par le fait qu'elle prépare les gens à faire le travail dont dépend le développement. Cependant, quand le système d'éducation est inadéquat, cela peut causer plus de mal que de bien. L'investissement dans une forme d'éducation non appropriée peut être néfaste en provoquant la perte de capitaux qui auraient pu être investis dans d'autres secteurs de l'économie, en créant du chômage ou en empêchant les étudiants de contribuer dans un travail utile. Tant que l'on n'adopte pas un système d'éducation convenable pour le pays, il existera toujours des problèmes majeurs au niveau de la main-d'oeuvre. Tant que le produit d'un système d'éducation n'aura pas pour tâche de mettre en pratique les connaissances acquises, sa contribution sera faible dans l'évolution sociale. Les gens cultivés qui ne parviennent pas à trouver un travail qui leur convienne manquent non seulement de contribuer de façon efficace à la production nationale, mais deviennent une source d'instabilité.
L'analyse de la main-d'oeuvre pour évaluer nos besoins en ressources humaines peut fournir une base utile pour déterminer quel type de formation promouvoir. Au moins, dans un premier temps, la création de services d'extension agricole, la formation technique et la formation en pratiques administratives peuvent contribuer à satisfaire les besoins les plus pressants. Des buts raisonnables pour l'éducation doivent être développés en considérant les besoins de l'économie et les demandes posées par ses plans spécifiques. La planification de l'éducation consiste largement à déterminer les besoins du pays pour différentes catégories de main-d'oeuvre et à orienter le système d'éducation pour la formation de gens dans ces catégories de main-d'oeuvre dont on a besoin. La question de priorité dans l'éducation est par conséquent d'une importance vitale.
Facteurs contribuant à la formation appropriée de notre main-d'oeuvre
Il est un fait évident que des investissements effectués seulement dans l'éducation formelle ne pourront résoudre ni les problèmes critiques de pénurie de main-d'oeuvre formée ni les problèmes persistants d'un surplus de main-d'oeuvre non qualifiée. Des investissements dans l'éducation peuvent réellement contribuer à la croissance économique si :
1. Il existe une motivation adéquate pour encourager les hommes et les femmes à s'engager dans des types d'activités productives nécessaires à notre pays dans le but d'accélérer le processus de développement ;
2. Les institutions scolaires se prêtent à former les gens selon les besoins du pays ;
3. Des mesures appropriées sont prises pour transmettre une partie de la responsabilité de formation aux principaux employeurs.
Établir un plan signifie: prévoir le futur, se préparer dans le présent à répondre à des besoins qui ne sont pas encore actuels et imposer d'une certaine manière la direction du futur par ce qui est fait dans le présent. Un plan d'éducation est d'une importance capitale et doit constituer une partie importante du programme de développement national. La planification de l'éducation demande une étude de consensus qui implique toutes les couches sociales. Elle consiste à donner une certaine priorité au développement d'un système d'éducation secondaire valide qui répond aux besoins du pays. Elle demande que le coût de l'éducation primaire généralisée soit maintenu aussi bas que possible en appliquant des technologies nouvelles qui peuvent rendre plus efficace le travail des instituteurs. Au niveau de l'éducation universitaire, il serait peut-être plus approprié de donner une certaine priorité aux facultés de sciences et d'agriculture. Cependant, cela ne signifie pas que la formation des gens dans d'autres professions libérales doive être négligée. Le système d'éducation haïtien ne produit pas un rendement satisfaisant parce qu'il n'est pas adapté aux besoins du pays. Il est modelé sur le système d'éducation français. Le programme scolaire du cycle primaire semble être très valable, mais il est nécessaire que l'enseignement au niveau secondaire soit modifié pour satisfaire les besoins et les réalités de l'environnement local. Notre système d'éducation secondaire ne doit pas viser exclusivement la préparation pour l'université. La provision de connaissances, de talents et d'attitudes pouvant conduire à une formation pratique pour l'étudiant du cycle secondaire doit être au contraire prépondérant.
Le système d'éducation secondaire doit être établi d'une façon telle que ceux qui veulent entreprendre leurs études universitaires puissent avoir assez de préparation pour le faire sans trop de difficultés et que ceux qui désirent s'intégrer activement dans la main-d'oeuvre soient en mesure de le faire avec en main les qualifications nécessaires. Le programme d'éducation secondaire doit viser à porter à un niveau élevé l'éducation secondaire tout en tenant compte de la nécessité d'inculquer des connaissances pratiques aux étudiants pour les préparer à répondre efficacement aux besoins de main-d'oeuvre du pays. Le but majeur de l'éducation secondaire doit être la création de connaissances spécialisées. Une grande partie du programme d'éducation secondaire doit par conséquent être consacrée à fournir les connaissances professionnelles et les talents spécifiques qui peuvent permettre aux étudiants de faire partie intégrante de la main-d'oeuvre aussitôt qu'ils auront achevé leur cycle d'éducation secondaire.
Certaines matières scolaires, telles que le latin, la littérature française, l'histoire française et autres, peuvent être par exemple réduites simplement à un ou deux ans d'enseignement. Ces matières peuvent être remplacées par des cours techniques qui répondent plus étroitement aux besoins du pays. Il n'existe aucun doute que les institutions secondaires doivent s'adapter plus étroitement aux besoins de main-d'oeuvre du pays. Il est nécessaire par contre que le gouvernement leur fournisse la motivation nécessaire.
Motivation pour la formation appropriée
Des considérations économiques, politiques et sociales sont les facteurs qui déterminent les aspirations d'emploi des individus. Pour encourager les gens à rechercher une éducation particulière, à se former selon les besoins du pays et à s'engager dans des activités qui sont vitales pour le développement national, il est nécessaire de créer des motivations économiques appropriées et d'éliminer autant que possible les inégalités sociales.
Estimer les besoins du pays pour une main-d'oeuvre possédant des qualifications variées est une chose ; mais encourager les gens à se former et à s'engager dans ces occupations qui sont vitales pour le développement national est une autre chose. En Haïti, il n'est pas vrai de croire que le revenu d'un individu et sa position sociale reflètent la valeur de sa contribution au développement national. Le salaire et la position sociale sont beaucoup plus associés à une tradition, à l'héritage colonial ou à des pressions politiques qu'à la productivité de l'individu. Typiquement parlant, le salaire des instituteurs est très souvent dérisoire. Les rémunérations des techniciens appelés sous-professionnels sont loin d'être suffisantes pour en attirer la quantité nécessaire au pays. Les différences de salaire entre l'agronome et l'agent agricole sont trop grandes. Le salaire des ingénieurs ou des agronomes en comparaison du salaire des gens qui occupent une position quelconque dans le gouvernement est trop bas. Les préférences pour la vie urbaine, les forces de tradition et les contradictions sociales contribuent à dépouiller le pays des talents nécessaires.
Il s'ensuit que la demande pour certaines branches d'éducation, particulièrement au niveau universitaire, est bien trop élevée en comparaison de la capacité d'absorption du pays alors que la demande pour d'autres est insuffisante pour satisfaire les besoins de main-d'oeuvre du pays.
Donc, les personnes chargées de dresser des plans pour le développement des ressources humaines doivent délibérément prendre des mesures pour influencer le développement de la main-d'oeuvre dans les activités et les occupations qui sont de grandes nécessités pour le pays. Ces mesures peuvent comprendre des changements valides dans la structure des salaires, des bourses d'études pour certains types d'éducation et l'élimination de certaines pressions sociales ou politiques. L'investissement dans l'éducation peut être une perte partielle à moins que les étudiants du pays aient la volonté de se préparer et de s'engager dans des activités qui sont d'une nécessité critique pour le développement national.
Joseph Déjoie pdejoie291@aol.com
