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7 Noviembre 2010

Tomas, plus d'angoisse que de mal

Haïti: "Il n y a pas de pain! Je n'en trouve nulle part. C'est le cinquième supermarché que je visite. A Épi d'Or, la grande boulangerie industrielle sur Delmas, je suis partie, frustrée. La ligne était si longue que je ne pensais pas en trouver à mon tour", se lamente Gaëlle sur le parking de Eagle market.
Nous sommes jeudi 4 novembre, l'ouragan Tomas est annoncé pour les heures qui viennent. Comme tout Port-au-Prince, chacun à la mesure de ses moyens, Gaëlle essaie de faire le plein dans la perspective des heures sombres qui s'annoncent.

Gaëlle s'inquiète de ne pas trouver ce qu'elle cherche. Comme de nombreux consommateurs qui font la course pour trouver les quelques denrées qui leur permettront de passer les jours de congé forcé qu'impose le passage attendu de l'ouragan Tomas sur la capitale d'Haïti, elle constate que d'autres acheteurs sont passés avant elle. Les rayons des produits de première nécessité sont vides.

C'est un vrai parcours du combattant qu'elle effectue depuis plus de trois heures, slalomant pour éviter les nombreux taxis-motos qui transportent des passagers portant des surtouts imperméables aux couleurs flamboyantes de deux compagnies de téléphonie cellulaire.
Dans les blocus, ces fameux embouteillages qui entravent la circulation automobile le long des principales artères de la ville. Du haut de la ville en fait. Là où les classes moyennes et aisées se sont réfugiées depuis que le tremblement de terre a mis à terre la majorité des immeubles du bas de la ville. La recherche de pain se fait dans la bonne humeur. C'est excitant d'attendre Tomas. On se frôle, on rit de bon Coeur quand on rencontre une connaissance, on se retrouve aux mêmes adresses.

En ce début d'après-midi du jeudi 4 novembre, une pluie fine baigne les rues encombrées. Les piétons se pressent de rentrer. Il n'y a rien à faire, sinon se ravitailler en produits essentiels et se terrer chez soi pour écouter la radio ou regarder la télévision.

Les banques sont fermées sans préavis, d'ordre de leur association. Les écoles ont reçu instructions du ministère de l'Éducation nationale de donner vacances aux élèves pour que leurs locaux servent d'abri aux victimes du séisme du 12 janvier qui n'ont plus de maison. Les magasins, les commerces et les entreprises font comme ils peuvent. Là c'est ouvert, ici c'est fermé. Il n'y a pas de mot d'ordre. Le gouvernement n'a proclamé férié que le vendredi 5 novembre, jour où Tomas étendra vraiment toutes ses tentacules sur le pays. Mais déjà la ville est en vacances ce jeudi après-midi. 

Le Nouvelliste en Haiti - Nouvelles d'Haiti: actualités politique, nationale, économique, société, culture, sport. Haitian news: Politics, economy, society, culture and entertainment, sports.

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Gaëlle, Port-au-princienne, jeune mariée dans la vingtaine, vit son premier cyclone et ne sait quelles sont les précautions à prendre pour ne pas être victime de ce Tomas qui joue au chat et à la souris avec les nerfs des gens.

Un bulletin de la météo annonce que le cyclone passera avec force sur Haïti en suivant une trajectoire sud/nord. Un autre bulletin dit qu'il évitera le pays déjà ravagé par tant de catastrophes avant de repointer son museau de vents et de pluies dévastateurs, selon une autre dépêche d'alerte.

Jusqu'à présent, les habitants de la capitale vivaient les intempéries à travers les nouvelles. Cela arrivait en province : Fond-Verettes, Jacmel, Gonaïves; les villes martyres étaient loin de Port-au-Prince. On ne voyait les images que par le biais de la télévision, des jours plus tard.

Cette fois, la menace est sur la ville. Tomas ne sera ni Gordon, ni Georges, ni Jeanne, ni Ike, ni Fay, ni Hanna ou Gustav. Il visitera la capitale, dit-on. Il n'est pas une dépression tropicale ni une tempête, c'est un vrai cyclone.

Signe suprême que les risques sont élevés, le président René Préval est monté au créneau comme jamais. Il s'est fait, ces derniers jours, monsieur météo, ministre de la Santé, chef de la protection civile. Il est au nord et au sud, par monts et par vaux. Sur tous les médias, il n'y a que lui et son message simple : Chape poul ou. Il exhorte la population à prendre toutes les précautions pour que nous n'ayons plus à compter les cadavres à cause de Tomas. Après le séisme et pendant le choléra, tout le monde a été attentif à ses consignes.

Cela faisait plus de 40 ans que Port-au-Prince n'avait pas connu d'alerte cyclonique aussi précise, et les médias aidant, on a pu suivre la progression du monstre d'heure en heure.

Dès jeudi dans la soirée, toute la ville s'est calfeutrée dans une attente peureuse, et vendredi on a attendu de seconde en minute la frappe sur la capitale et les nouvelles du pire dans les villes de province. Ce samedi matin, le bilan est tombé: moins de dix morts et des dégâts encore à chiffrer.

Jeudi, Gaëlle avait fini par trouver du pain. D'une marchande ambulante. Elle ne s'était pas gênée et avait acheté autant qu'elle en pouvait, de crainte qu'une disette ne suive le passage de Tomas.

Ce samedi matin, même si le pain s'est rassis, a durci et qu'une bonne partie s'est recouverte d'inquiétantes moisissures, elle garde le sourire. Elle ne déplore aucune perte dans son entourage. Le frisson de la peur l'a épargnée. Tomas a causé plus d'angoisse que de mal.

Frantz Duval
duval@lenouvelliste.com

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