Tomas, plus d'angoisse que de mal
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Gaëlle, Port-au-princienne, jeune mariée dans la vingtaine, vit son premier cyclone et ne sait quelles sont les précautions à prendre pour ne pas être victime de ce Tomas qui joue au chat et à la souris avec les nerfs des gens. Un bulletin de la météo annonce que le cyclone passera avec force sur Haïti en suivant une trajectoire sud/nord. Un autre bulletin dit qu'il évitera le pays déjà ravagé par tant de catastrophes avant de repointer son museau de vents et de pluies dévastateurs, selon une autre dépêche d'alerte. Jusqu'à présent, les habitants de la capitale vivaient les intempéries à travers les nouvelles. Cela arrivait en province : Fond-Verettes, Jacmel, Gonaïves; les villes martyres étaient loin de Port-au-Prince. On ne voyait les images que par le biais de la télévision, des jours plus tard. Cette fois, la menace est sur la ville. Tomas ne sera ni Gordon, ni Georges, ni Jeanne, ni Ike, ni Fay, ni Hanna ou Gustav. Il visitera la capitale, dit-on. Il n'est pas une dépression tropicale ni une tempête, c'est un vrai cyclone. Signe suprême que les risques sont élevés, le président René Préval est monté au créneau comme jamais. Il s'est fait, ces derniers jours, monsieur météo, ministre de la Santé, chef de la protection civile. Il est au nord et au sud, par monts et par vaux. Sur tous les médias, il n'y a que lui et son message simple : Chape poul ou. Il exhorte la population à prendre toutes les précautions pour que nous n'ayons plus à compter les cadavres à cause de Tomas. Après le séisme et pendant le choléra, tout le monde a été attentif à ses consignes. Cela faisait plus de 40 ans que Port-au-Prince n'avait pas connu d'alerte cyclonique aussi précise, et les médias aidant, on a pu suivre la progression du monstre d'heure en heure. Dès jeudi dans la soirée, toute la ville s'est calfeutrée dans une attente peureuse, et vendredi on a attendu de seconde en minute la frappe sur la capitale et les nouvelles du pire dans les villes de province. Ce samedi matin, le bilan est tombé: moins de dix morts et des dégâts encore à chiffrer. Jeudi, Gaëlle avait fini par trouver du pain. D'une marchande ambulante. Elle ne s'était pas gênée et avait acheté autant qu'elle en pouvait, de crainte qu'une disette ne suive le passage de Tomas. Ce samedi matin, même si le pain s'est rassis, a durci et qu'une bonne partie s'est recouverte d'inquiétantes moisissures, elle garde le sourire. Elle ne déplore aucune perte dans son entourage. Le frisson de la peur l'a épargnée. Tomas a causé plus d'angoisse que de mal. |
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Frantz Duval |
