L’Alternative vire de bord…
|
L’Alternative accepte le verdict des urnes et tente de rallier ses élus. Cette démarche, selon plus d’un, est contraire à la lutte menée par cette plateforme. Cette incohérence inquiète.
|
|
Le face-à -face au Parlement entre la plateforme du président René Préval (INITE) et sa principale concurrente de l’opposition avant la tenue du scrutin du 28 novembre, la plateforme Alternative, n’a pas atteint les proportions prévues, au grand dam des observateurs politiques. Il est vrai que, malgré le vote, dit sanction, du premier tour, la plateforme présidentielle, avec plus d’une trentaine de députés et 16 sénateurs a pu, vu les circonstances, tirer son épingle du jeu. L’Alternative a failli, quant à elle, rater le coche. En effet, cette structure politique s’est rachetée de justesse et a pu, avec un total de 5 sénateurs et plus d’une dizaine députés élus, avoir une représentativité appréciable au Parlement.
Il a fallu ce second tour pour offrir à l’Alternative une chance de sauver les meubles. Le boycott avorté du processus électoral, dont le directoire de cette plateforme politique était le principal instigateur, lui a été préjudiciable. Aujourd’hui, les données ont changé, les élections ont lieu. Ces récalcitrants ont vraisemblablement viré de bord, considérant leur attitude conciliante après la publication des résultats préliminaires du scrutin du 20 mars. A cet effet, l’acceptation des résultats du second tour qui ont vu l’élection de Michel Martelly à la présidence en dit long. Le Parlement représente un enjeu majeur pour cette formation politique. C’est un vrai tremplin qui s’offre à eux, dans l’optique d’une vraie relance de la vie politique du pays. La tentative de récupérer les élus d’Alternative par les responsables de cette plateforme est significative et témoigne de la volonté de ces dirigeants de se repositionner sur l’échiquier politique. L’objectif premier de tout parti politique est de prendre le pouvoir. Au début du processus électoral, les responsables de l’Alternative et de certaines autres formations politiques de l’opposition semblaient l’avoir oublié. Ils avaient boudé les scrutins. Certains dénonçaient alors un double jeu, vu que certaines personnalités, hostiles, au départ, à la tenue des élections, comme le sénateur Andris Riché, restaient dans la course. Cette stratégie n’est pas sans conséquence. Elle a divisé ces partis et mis dos à dos candidats et directoires. Ceux-là voulaient y participer pour pourvoir se battre de l’intérieur, tandis que ceux-ci dénonçaient la corruption, disaient-ils, grandissante et la mainmise du président de la République sur l’appareil électoral. Certains critiques estiment que l’Alternative, en se rétractant, a privé le public de la possibilité de choisir à un moment névralgique et a lésé, par non assistance, ses candidats engagés dans la course. Aujourd’hui, l’Alternative tourne casaque. Cet opportunisme politique est dénoncé par les détracteurs. L’attitude du directoire de la plateforme Alternative prête à équivoque. Par conséquent, son autorité et sa légitimité sont remises en cause. Les candidats de cette plateforme ont défié les responsables. Le verdict des urnes leur a donné raison, puisque nombre d’entre eux ont été élus. Qui est la véritable force politique, les candidats ou le parti ? En tout cas, aujourd’hui ce sont les responsables qui courent après les candidats. Et un consensus est loin d’être trouvé. La rupture de Gary Guito (proche des membres pro-élections) avec la plateforme est tout un symbole. Avec ces nombreux déconvenues, d’aucuns s’attendaient à un remaniement des directoires de ces partis. Il n’en est rien. C’est tout le contraire qui se passe. Les responsables essaient de conforter leur position en récupérant les élus afin, dit-on, de profiter du podium qu’offre le Parlement. Harry Marsan, porte-parole de l’Alternative, informe que la plateforme n’a jamais demandé à ses candidats de se retirer de la course. « Nous menons le même combat, les candidats ont décidé d’aller sur le terrain et ils ont eu raison », avait déclaré Marsan récemment, lors d’une interview accordée au Matin. En tout cas, vu le déroulement des événements, le directoire de l’Alternative doit nourrir bien des regrets. A cause d’une représentativité plutôt faible au Parlement et due au boycott déclaré des scrutins, Harry Marsan croit que les alliances sont incontournables. La constitution d’un bloc majoritaire devient un vrai chemin de croix, vu qu’il doit faire face à INITE et à ces nombreux élus proches de cette plate-forme, même quand inscrits sous d’autres bannières. D’autre part, le mercenariat politique constaté dans certains partis - qui jadis faisaient corps avec l’Alternative pour réclamer l’annulation des scrutins -complique un peu plus la tâche des responsables de la plateforme. Marsan estime qu’il est difficile et trop tôt pour se prononcer sur la composition du bloc Alternative au Parlement. « Nous devons attendre la publication des résultats définitifs avant d’avancer », soutient-il. En raison de l’absence d’une majorité absolue au Parlement pour un parti politique, le choix du prochain Premier ministre est au centre de tous les débats. C’est également un des objectifs inavoués de la recherche des blocs politiques au Parlement. Harry Marsan n’a pas voulu présenter la position de l’Alternative par rapport aux personnalités citées pour devenir Premier ministre. Toutefois, il a dressé le profil du Premier ministre souhaité par son regroupement politique. Selon le porte-parole de l’Alternative, cette personnalité doit inspirer confiance et avoir une sensibilité sociale. De plus, elle doit avoir la capacité de rassembler toutes les forces vives de la nation en vue de résoudre les problèmes de la population, notamment des sinistrés qui croupissent sous des tentes depuis le séisme du 12 janvier 2010. Le projet d’amendement de la Constitution fait également partie des enjeux et ne laisse pas indifférent l’Alternative. Harry Marsan informe de la mise en place d’une commission de quatre membres devant travailler sur la position de l’Alternative par rapport à l’amendement constitutionnel. Font notamment partie de cette commission l’ingénieur Edgar Leblanc Fils et Me Alix Richard, membre du directoire de l’Alternative. Cette commission doit fournir son rapport dans un bref délai afin de permettre à la plateforme de se positionner par rapport au projet de révision de la Constitution, rapporte Marsan. |
