Natcom : grève des employés, mise au point des responsables
Depuis plus de deux semaines, des employés de National Telecom (Natcom) ci-devant Télécommunications d'Haïti S.A. observent un arrêt de travail sans répit pour exiger des responsables de la compagnie 36 mois de salaire de dédommagement pour leur licenciement annoncé. Ce mouvement des employés grévistes gène considérablement les activités de la compagnie surtout au niveau de l'annexe de Delmas 41. Face à cette situation qui tend à faire tache d'huile, les responsables de la Natcom ont voulu faire la lumière sur la question.
Haïti: En rencontrant la presse ce jeudi matin pour un bilan de leur réalisation et leurs perspectives d'avenir à la tête de la Natcom, des responsables de la compagnie et du CMEP n'ont pas pu s'empêcher d'intervenir sur la situation délicate qui se dessine au niveau de cet opérateur téléphonique. Plus de 20 jours après un mouvement de grève déclenché par des employés de la Natcom, ces derniers refusent de reprendre leur travail en réclamant sans cesse des dédommagements, vu que des bruits courent concernant la mise à pied prochaine des 800 employés haïtiens issus de la Téléco.
Présentant la situation, Yves Romain Bastien, membre du Conseil de Modernisation des Entreprises publiques (CMEP), explique que depuis tantôt deux semaines, un certain nombre d'employés de Natcom particulièrement affectés aux annexes de Delmas et de Pétion-Ville ont décidé d'entrer en grève. Dépassant les limites de leur arrêt de travail, ces grévistes, aux dires de M. Bastien, ont même entrepris des actes de sabotage sur les installations de la compagnie.
Ce mouvement de réclamations de dédommagement des grévistes, selon le membre du CMEP, aurait pris sa source dans une série de rumeurs véhiculées à dessein parmi les employés. Une de ces rumeurs laisse accroire que la Banque centrale détiendrait un compte contenant un fonds de l'Etat destiné à dédommager les employés révoqués de l'administration publique haïtienne. Selon une autre rumeur, une fois que le contrat d'un an que la Natcom avait passé avec les 800 employés de la Téléco sera arrivé à terme, la compagnie va renvoyer ces employés.
D'après Yves Romain Bastien, cette rumeur aussi n'est pas fondée parce que dit-il, Natcom a un certain nombre d'employés vietnamiens qui sont entrés en Haïti dans le but précis de mettre sur pied les machineries et équipements pour faciliter le travail de la compagnie. Pour rassurer les grévistes, le représentant du CMEP soutient que la Natcom a besoin de manière continue des employés haïtiens et qu'il n'y a aucun traitement particulier qui va être donné aux étrangers au détriment des employés locaux.
Barrières culturelles
A côté des rumeurs non fondées et des informations erronées concernant un traitement de faveur des employés de la Natcom par rapport aux employés nationaux, M. Bastien a eu recours à ce qu'il appelle des barrières culturelles, des habitudes et des façons de faire différents entre les employés vietnamiens et haïtiens qui pourraient être mal interprétés. Bêtes de travail notoires, les Vietnamiens peuvent travailler entre 14 à 16 heures par jour tandis que l'Haïtien travaille généralement pendant huit heures. D'autre part, le cadre du CMEP affirme qu'en ce qui a trait aux ordres d'un supérieur découlant de sa mission, le Vietnamien est plus enclin à l'obéissance, à la soumission tandis que l'Haïtien a tendance à contester tout ordre qui n'entre pas dans le schéma de ses activités coutumières.
A ce sujet, Yves Bastien dit avoir discuté avec les responsables de Natcom pour les familiariser avec les travailleurs haïtiens qui ont besoin de sentir qu'ils sont partie intégrante de la compagnie. Dans les griefs portés par les grévistes contre la Natcom, ils ont fait état de manque de matériels de travail et de moyens logistiques. A cette question, M. Bastien argue que, Natcom ne détient pas encore autant de matériels roulants et d'équipements. Cela viendra avec les services. Pour le présent moment, la compagnie est à un stade de mise au point. Et à ce niveau, ils sont à un point très avancé dit Yves Bastien qui, pour attester de la qualité de service, déclare qu'actuellement avec le téléphone Natcom détenu par le président directeur général de la compagnie M. Nguyen Dang Trien, on peut atteindre 160 pays à travers le monde.
« Aucune compagnie opérant en Haïti n'a la capacité d'offrir un tel service », soutient le représentant du CMEP.
De son côté, le PDG de la Natcom Nguyen Dang Trien a retracé brièvement le parcours ayant conduit de la Téléco à Natcom. Selon M. Trien, malgré les dommages divers causés par le tremblement de terre au patrimoine de la Téléco, la compagnie vietnamienne, Viettel, qui a gagné l'appel d'offres pour l'acquisition des 60% des actions de la compagnie, a maintenu telles quelles les conditions préalablement convenues avec l'Etat Haïtien.
Actuellement, la principale mission du numéro un de Natcom consiste à la reconstruction des infrastructures de la compagnie. Cela comprend plusieurs étapes. La première et la plus importante de ces étapes est la mise en place d'un Backbone avec l'installation de 5 000 km de fibre optique pour une meilleure qualité de service téléphonique, d'internet, de télévision mobile. A cet effet, les responsables de Natcom en ont profité pour appeler à la vigilance la population haïtienne et les autorités en particulier contre des saboteurs qui s'amusent à couper les câbles en fibre optique installés par la compagnie et si importants au renouveau du secteur des télécommunications haïtien.
Selon les clauses du contrat passé entre Viettel et l'Etat haïtien, la Natcom doit installer 1 000 km de fibre optique dans les grandes villes du pays. Cependant en explorant le pays et ses divers besoins, les responsables de la compagnie vietnamienne ont conclu d'installer 5 000 km de fibre optique sur l'ensemble du territoire. D'ailleurs, ils ont déjà installé plus de 2 000 km de fibre, informent les responsables.
Dans la région des Caraïbes, Haïti est le pays le plus mal desservi en matière de services de télécommunication, vu que c'est le seul pays qui ne dispose pas de fibre optique. La Natcom se propose de résoudre ce problème en apportant la fibre et la technologie 3 G dans les coins les plus reculés du pays et d'intégrer Haïti dans la nouvelle ère des technologies.
« D'ici le mois de juin tous ces services seront disponibles en Haïti », affirme le PDG de Natcom qui souligne que la compagnie va offrir des services internet gratuits dans toutes les écoles publiques haïtiennes. Des cycles de formation seront aussi offerts aux jeunes Haïtiens désireux d'approndir leur connaissance dans le domaine des télécommunications. Ainsi, les responsables ont annoncé l'envoi prochain de 30 étudiants haïtiens au Vietnam et dans d'autres pays étrangers pour se former en télécommunication. A leur retour dans le pays, ces étudiants diplômés pourront intégrer la compagnie.
Nguyen Dang Trien assure les Haïtiens qu'il n'est pas venu pour révoquer des employés. « Nous sommes venus ici pour créer des emplois et non pour révoquer des employés ». Et pour preuve depuis l'arrivée de Natcom dans le pays, la compagnie a investi 100 millions de dollars à Natcom et n'a été révoqué aucun employé.
« Aujourd'hui, nous avons 800 employés et notre objectif est d'arriver à embaucher entre 600 et 1 000 autres employés directs aussitôt que les opérations seront lancées sur l'ensemble du territoire », indique le PDG de Natcom qui projette de créer 17 000 emplois indirects dans le pays.
Nous nous acharnons dès à présent à offrir au pays et dans un avenir pas trop lointain tous les services que nous avons promis ajoute M. Trien qui a conclu son allocution en disant : «Nous sommes venu en Haïti pour y rester».
Cyprien L. Gary
