Michèle Laraque passera tout le reste de sa vie en prison
| Il y a 4 ans, Michèle Laraque a été arrêtée et incarcérée pour un crime qu'elle a commis. Elle avait tué Jean Emile Merceda, son concubin. Elle l'a décapité, mis le corps dans un baril, bien emballé, puis l'a jeté sous un pont à Kenscoff.
Haïti: La session criminelle avec assistance de jury s'est ouverte le lundi 9 mai au Palais de justice de Port-au-Prince. L'affaire Michèle Laraque s'est déroulée à la première chambre. Plusieurs journalistes y ont assisté. Cette dame qui a commis ce crime odieux a failli ne pas être jugée. Les agents de l'Administration Pénitentiaire nationale s'étaient trompés de cible. Le tribunal a dû attendre quelques minutes avant de voir arriver l'accusée Michèle Laraque à la salle d'audience. Menottée, vêtue d'un corsage blanc (lin) et d'un pantalon noir, très détendue, calme, à peine si elle pouvait regarder l'assistance qui l'attendait depuis 10 heures a.m. Assise dans le dos du conseil de l'accusé avec qui elle s'est entretenue avant l'ouverture du procès, elle donnait l'impression de quelqu'un qui était dans les nuages. Les avocats de la defense, tous ou presque, sont des stagiaires, ce qui n'a pas fait l'affaire de Michèle Laraque vu l'importance d'un tel dossier. On aurait aimé voir dans le box des avocats expérimentés, accompagnant ces jeunes qui n'ont pas encore la maturité pour assurer la défense de Michèle Laraque, accusée de meurtre sur la personne de Jean Emile Merceda. Tout le monde voulait voir l'accusée. Les agents de la PNH qui mettaient de l'ordre ont dû stopper le va-et-vient pour permettre à Fritz Victorin de faire l'appel nominal des jurés. Jamais, on aurait cru, n'était sa présence sur le banc des accusés, que c'est elle qui a tué Jean Emile, son concubin. Tellement elle a un visage d'ange. D'ailleurs, son amant Emile l'appelait par ce nom : « mon ange ». Mais toute la salle entière n'attendait que sa version des faits. Et on a dû attendre un bon bout de temps. Michèle a eu une désagréable surprise lorsqu'elle a entendu que le tribunal allait entendre un témoin à titre de renseignement, un ami d'enfance de Jean Emile Mercéda répondant au nom de Manfred Sterlin. C'est lui qui avait permis à la police de remonter la filière de la meurtrière Michèle Laraque. Il savait tout du défunt Jean Emile: ses relations intimes avec Michèle Laraque et de beaucoup d'autres. Manfred dit au tribunal qu'il avait l'habitude de parler à Jean Emille au sujet de cette dame qui n'inspirait pas confiance. Ils se sont rencontrés à la fin de l'année 2003. Ils se sont jetés l'un dans les bras de l'autre. Une véritable manifestation amoureuse. Après deux ans, poursuit M. Sterlin, les relations amoureuses se sont rompues. Mais, comme Jean Emile était marié et vivait avec sa femme aux États-Unis, il continuait à garder le contact, envoyait de l'argent, des fleurs, des cadeaux de grand prix. Entre-temps, elle a changé de maison, de téléphone. Jean Emile avait toujours les nouveaux numéros, grâce à un ami commun, Noé, le confident des deux amoureux. Manfred Sterlin, l'ami d'enfance, a tenu l'assistance en haleine. Car les faits qu'il a racontés sont vraisemblables, avec des références à l'appui. Pour arriver à la mort de Jean Emile Mercéda, sans omettre la date, l'heure, Manfred Sterlin a retracé avec regret et amertume le parcours depuis 4 ans de son ami d'enfance. C'était un 7 mai 2007, Jean Emile rentrait des Etats-Unis d'Amérique, muni de deux valises. Il a été conduit par Noé chez Michèle Laraque. Manfred s'est arrêté là puisqu'il n'a pas été à la maison de la concubine de Jean Emile. Voilà que c'est le même jour que son ami allait trouver la mort. Donc, depuis son arrivée en Haïti, Sterlin n'avait plus de ses nouvelles. Plusieurs jours se sont passés sans se parler, sans se communiquer, ce qui est contraire aux habitudes. Manfred Sterlin dit qu'il commençait à s'inquiéter. Il essayait de joindre son ami Noé au téléphone, mais en vain. Il a dû se rendre au commissariat de police afin de savoir si Jean Emile n'a pas été arrêté. Malheureusement, le disparu ne se trouvait ni à la prison, ni à la morgue, mais bien enfermé dans un baril jeté sous un pont à Kenscoff. |
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| Grâce à Sterlin, les agents de la PNH ont pu remonter la filière jusqu'à Noé qui a fini par dénoncer Michèle Laraque. Cette dernière a avoué avoir tué Jean Emille Mercéda puis l'a jeté.
Après avoir entendu Manfred Sterlin qui a retracé le film de cet événement malheureux ayant coûté la vie à Jean Emile, la présidente de la cour criminelle, la doyenne du tribunal de première Instance de Port-au-Prince, Me Marie Joceline Cazimir, a demandé à l'accusée Michèle Laraque si elle n'avait pas des remarques à faire sur les déclarations de Manfred Sterlin. Oui, a-t-elle répondu. Mais ces remarques n'étaient pas suffisantes pour faire basculer la situation en sa faveur. Il y avait un autre témoin cité par la partie civile, encore à titre de renseignement. Il s'agit de Kedler Etienne, un neveu du défunt. Celui-ci a déclaré avoir rencontré une seule fois Michèle Laraque en compagnie de son oncle. Il a précisé que cela s'est passé le 11 août 2005. Kedler dit qu'il était dans la voiture les conduisant dans le département de l'Artibonite. Une version que l'accusée a démenti péremptoirement. Le tribunal n'en n'a pas tenu compte, cependant, il est de plus en plus informé de ce qui s'était passé le 7 mai 2007. Ce sont ces informations qui ont poussé l'accusée a vider son sac. A cette phase, le ministère public, en la personne du commissaire du gouvernement Me Harrycidas Auguste, a procédé à la représentation des pièces a conviction : certificat de citoyenneté américaine de Jean Emile Mercéda, le procès-verbal de constat de la victime, rapport d'autopsie, des photos, des lettres d'amour de Michèle à Jean Emille, mais sans l'arme du crime. Devait arriver le moment tant attendu : les déclarations de Michèle Laraque sur la mort de Jean Emile Mercéda. Artiste peintre, âgée de trente ans, elle a déclaré que son concubin est mort par accident. Voila comment elle explique l'accident. « Le 7 mai 2007, pendant que j'étais dans ma chambre, j'ai entendu frapper. Quand je me suis présentée, j'ai vu Jean Emille avec deux valises. On s'est salué. Puis il est rentré dans l'appartement. Il a voulu m'embrasser, faire de l'amour avec moi. J'ai refusé categoriquement. Il a insisté. J'ai toujours resisté, parce que je n'avais plus envie de recommencer avec lui. Il m'a dit alors c'est moi ou personne. Il m'a pris par le cou dans l'intention de m'étrangler. J'avais un marteau à ma portée, je l'ai frappé à la tempe. Emile était sorti, puis revenu, armé d'un couteau. Sachant qu'il pouvait faire n'importe quoi, j'étais rentrée dans ma chambre mystique. J'ai pris la machette " Ogou feray ". Je la tenais dans ma main tremblante. Comme il faisait noir dans la chambre, Jean Emile s'était heurté à la machette et s'est blessé au cou. Stupefaite, affolée, j'ai accourru chez ma tante, laissant Jean Emile Mercéda au sol, baigant dans son sang. Le lendemain matin, soit le 8 mai 2007, je l'ai découpé en commencant par la tête, les poignets à partir des épaules, puis les pieds à partir des genoux. J'ai enroulé le reste du corps dans un prélart, le tout dans un baril bien emballé. J'ai mis du désinfectant, de l'acide pour empêcher que l'odeur ne se dégage. J'ai mis également la machette de Ogou feray dans le baril. J'ai agi de manière à ce que personne ne s'en aperçoive. J'ai payé trois manutentionnaires et un chauffeur pour me conduire à destination. Arrivée a Kenscoff, ils m'ont dit qu'ils ne pourraient pas aller plus loin. J'ai accepté. J'ai basculé le baril sous le pont puis je suis rentrée à la maison. » Mais le tribunal a été etonné d'entendre que la machette de Papa Ogou Feray, achetée depuis 1995, a été jetée. Alors que mystiquemement, elle constitue une arme redoutable. Michèle n'a pas caché qu'ils étaient amoureux (Jean Emile et elle) l'un de l'autre durant les deux premières années, au point que Jean Emile lui avait promis de divorcer avec son épouse pour se remarier avec elle. La question que l'on se pose : Est-ce la promesse non tenue qui est à l' origine de ce crime ? Michèle Laraque aura à regretter d'avoir tué un homme qui l'aimait. Voila qu'elle aura à passer tout le reste de sa vie en prison. Car le jury l'a condamnée aux travaux forcés a perpetuité. |
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| Jean-Robert Fleury |
