Plongée dans l’enfer d’une prison d’Haïti
« Une société se juge à l'état de ses prisons », disait Albert Camus. Cela n'a jamais été aussi vrai qu'en Haïti où le nouveau président, Michel Martelly, va devoir s'atteler à la réforme d'un système judiciaire et carcéral à bout de souffle.
0,5 m2 par personne
On savait que, sur un territoire où 680 000 réfugiés du séisme de 2010 dorment encore sous des tentes, ce qu'il reste d'Etat avait d'autres priorités que la détention. Mais en pénétrant au cœur du pénitencier national de Port-au-Prince, « le Parisien » - « Aujourd'hui en France » a été confronté à un lieu dont l'état de délabrement dépasse l'entendement, comme le montre notre reportage complet sur notre site Internet.
Ici, les détenus disposent d'à peine 0,5 m2 par personne selon l'ONU, obligés de dormir à tour de rôle dans des cellules bondées.
« Il faut montrer au monde ce qui se déroule sous nos yeux », martèle Haristidas Auguste, le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince - l'équivalent d'un procureur général -, conscient des conditions de vie des détenus haïtiens et qui en appelle à la communauté internationale.
Depuis le séisme, les autorités locales, et notamment les directions des centres de détention, sous hiérarchie policière, sont sous le feu des critiques. Les circonstances de l'évasion massive lors du tremblement de terre restent floues. Celles du massacre par les gardiens de 10 prisonniers tués par balles dans la ville des Cayes, les jours suivants, le sont encore plus.
Certes, les geôles crasseuses du pays hébergent de vrais caïds et seulement 15% des 5409 évadés du séisme ont été repris. Mais aux côtés des chefs des anciens gangs qui ont mis l'île à feu et à sang ces dernières décennies, on trouve des dizaines de malchanceux, simples citoyens qui n'ont eu pour seul tort que de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Des prisonniers qui risquent de ne pas voir un juge avant des années.
Le Parisien
