Assassinat de Guiteau Toussaint, président de la Banque Nationale de Crédit
| A ce moment, deux options s'offraient aux responsables : privatiser (moderniser) la banque ou la restructurer. Une première expérience, conduite par la Banque de la République d'Haïti, ne donna pas les résultats escomptés. Alors l'Etat haïtien a pris la décision de donner une seconde chance à la BNC afin de voir comment on peut sauver ce patrimoine national.
C'est dans ce contexte que le directeur général du ministère de l'Economie et des Finances d'alors, Guiteau Toussaint, arrive à la banque avec la mission d'analyser les possibilités de la restructurer. L'autorité de nomination lui accorde trois mois pour donner une idée claire sur cette affaire, à savoir si la BNC pouvait être sauvée ou s'il fallait la laisser périr. "Mon équipe et moi, nous avions compris qu'il s'agissait d'un défi et nous avions pris le taureau par les cornes et montré que le miracle était possible moyennant une restructuration dans ses modes d'opération, ses ressources humaines, sa capitalisation », expliqua Toussaint lors d'une interview accordée au Nouvelliste en 2009. « Ainsi, nous avions fait notre rapport à l'autorité de tutelle, le ministère de l'Economie et des Finances, et au chef de l'Etat pour leur dire que l'institution pouvait être sauvée moyennant certaines conditions bien précises. Nous avions fait le travail de restructuration qui a duré deux ans, deux ans et demi. » La Banque nationale de crédit a pu être sauvée et est devenue dix ans plus tard un fleuron dans le patrimoine de l'Etat haïtien avec un actif total de plus de 18 milliards de gourdes, des fonds propres de 1,4 milliard de gourdes, des dépôts totaux de 15 milliards, alors qu'en 1999 son actif total était de 1,8 milliard de gourdes. Pendant cette période, l'actif a pu être multiplié par 10, ainsi que les dépôts, les prêts et les fonds propres. Gage de la bonne santé de la BNC, l'Etat, son actionnaire, et la Banque de la République d'Haïti, l'autorité de contrôle du secteur, lui permirent de mener une opération majeure et inédite dans l'histoire bancaire en Haïti : une banque publique a pu faire l'acquisition d'une banque commerciale qui était en difficulté. « Cela a été une transaction pour protéger le système bancaire haïtien d'une crise systémique. Après ce qui s'est passé avec les coopératives financières, la Banque centrale a beaucoup incité la BNC à faire l'acquisition des actifs et passifs de la Socabank », eut à dire Guiteau Toussaint en 2009. La BNC fit l'acquisition de la SocaBank, une banque en difficulté. La Soca présentait un avoir net négatif de 1,5 milliard de gourdes. Cette transaction a été faite dans une perspective de sauvetage du système financier et de protection de l'avoir des déposants. La banque fonctionnait avec un effectif de plus de 800 employés en 1999, alors que des études démontraient qu'elle pouvait fonctionner très facilement avec un effectif de 350 à 400 employés. Il fallait réduire la taille de cette institution en accordant certains avantages aux partants. « Ce que nous avons fait. Et pour compléter l'effectif, on a fait appel à des consultants, à des ressources beaucoup plus jeunes et dynamiques avec un nouvel esprit orienté vers le client. Comme je le dis toujours, ce dernier est la raison d'être de la banque», argumenta Toussaint lors de cet entretien. « Il nous a fallu beaucoup de temps pour mettre ce nouvel esprit dans la tête de tout un chacun, à savoir que la banque existe parce que le client y vient. Nous avons fait le travail, mais ce n'est pas encore gagné à cent pour cent. Il faut continuellement le faire avec les nouveaux qui arrivent, leur inculquer cet esprit et faire en sorte qu'ils puissent fournir un service de qualité aux clients qui arrivent. » Interrogé sur la vision de celui qui, conseil après conseil, est resté en poste à la tête de la BNC pour un des plus longs règnes au sein de cette institution née de la scission de la Banque nationale de la République d'Haïti, Guiteau Toussaint déclara : « Pour diriger une institution comme la BNC, il faut aussi avoir de la vision. Une vision, c'est comme un rêve auquel nous donnons un délai. Notre vision est de faire de la BNC une des banques les mieux cotées de la place en termes de service bancaire. Cette banque doit continuer à créer de la valeur pour son propriétaire et pour la communauté. Elle doit être une banque efficace et efficiente au service de la communauté et orientée vers la promotion de l'économie nationale. C'est notre vision de la banque, et c'est cette vision qui, chaque jour, chaque mois, chaque année, défile continuellement devant nous dans notre travail. » |
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| Frantz Duval Avec l'aide de Cyprien L. Gary et de Roberson Alphonse |
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