Le conseil d’administration et le personnel de la Banque nationale de crédit sous choc
Quasiment un drame national, l’assassinat de l’économiste Guyto Toussaint, qui s’est produit à la veille du lancement d’un important programme social d’accès au logement, a également provoqué des réactions émues de la Présidence et de plusieurs acteurs du monde de la finance
Le conseil d’administration et le personnel de la Banque nationale de crédit étaient en état de choc lundi au lendemain du brutal assassinat du patron de l’institution, Guyto Toussaint, 57 ans, unanimement salué comme un professionnel de haut vol, consciencieux et profondément humain.
"Guyto était un homme doux qui ne voulait du mal à personne", a déclaré consterné son collaborateur immédiat Philippe Vixamar, vice-président du conseil d’administration de la BNC incapable de trouver une explication à cette disparition tragique.
Leader depuis 1999 d’une banque commerciale d’Etat, devenue ces dernières années l’un des fleurons du marché de la finance, Guyto Toussaint a été abattu dimanche soir par au moins deux inconnus armés dans l’enceinte même de son domicile situé dans le quartier résidentiel de Vivy Mitchell (banlieue de Pétion-Ville, est de Port-au-Prince).
"On a tué le corps de Guyto, mais on ne pourra jamais tuer son esprit, son âme", a poursuivi d’une voix larmoyante M. Vixamar qui avoue que lui-même ainsi que tous les responsables et employés de la BNC ressentent cette perte cruelle comme celle d’un membre de leur famille.
Assurant que malgré ce coup dévastateur, la Banque nationale de crédit continuait à desservir sa clientèle comme l’aurait souhaité le disparu, Philippe Vixamar a dit de lui qu’il était "un maniaque du travail bien fait" et un "grand capitaine d’équipe". Sa philosophie reposait sur l’exigence de résultat et la recherche constante de la qualité dans le travail accompli.
Philippe Vixamar, qui n’en croyait pas ses oreilles en apprenant le décès de son camarade, avait échangé avec lui des SMS (messages texte) dimanche vers midi, soit quelques heures à peine avant que l’acte odieux ne soit commis.
Pas trop optimiste sur la possibilité de neutraliser les bandes criminelles, le vice-président de la BNC souhaite que les autorités concernées soient en mesure de faire la lumière sur le meurtre. Mais, il ajoute qu’il ne s’agit certainement pas du dernier cas qu’on aura à déplorer.
Après avoir raccompagné plusieurs visiteurs, dont un cousin, le dynamique banquier s’est retrouvé nez à nez avec ses meurtriers qui l’attendaient à l’intérieur de la maison. Atteint apparemment de deux balles, dont l’une au visage, il a rendu l’âme au moment où l’on tentait de l’acheminer d’urgence à l’hôpital de la Communauté haïtienne.
La police n’avait pas encore révélé lundi soir les éléments préliminaires de l’enquête ouverte sur cette affaire qui risque d’affecter durablement l’image déjà peu rassurante d’Haïti en matière de sécurité publique.
Marié et père de quatre enfants, trois filles et un garçon vivant tous aux Etats-Unis, Guyto Toussaint, né le 5 mai 1954, était rentré à Port-au-Prince il y a tout juste une semaine après avoir rendu visite à sa famille, en particulier sa vieille mère de 92 ans établie à Boston (Massachusets).
Selon ses proches, il devait repartir cette semaine pour les Etats-Unis où il allait être témoin aux noces de sa nièce.
Ce voyage devait intervenir après un événement sans précédent dans le système bancaire haïtien. Le décor était, en effet, déjà planté pour le lancement officiel, ce mardi, du programme de "prêts au logement" baptisé Kay Pa M (Ma Maison). A travers cette initiative qui s’inscrit dans une perspective de réparation sociale, la Banque nationale de crédit, troisième banque du pays, s’est engagée à accorder des prêts hypothécaires, à un taux d’intérêt très bas remboursables sur 25 ans, aux 60.000 agents de la fonction publique et salariés du secteur privé présentant des garanties de solvabilité.
La seule bonne nouvelle du jour est justement la décision du conseil d’administration de la BNC de maintenir tel quel ce programme dont le lancement a dû être reporté à une date ultérieure.
La Présidence, le ministre des finances, Ronald Baudin, ministre de tutelle de la banque, le conseil d’administration de la Banque centrale, l’Association des professionnels de banque (APB) et le conseiller économique du groupe SOGEBANK, Pierre-Marie Boissson ont énergiquement condamné l’assassinat de M. Toussaint et appelé à une enquête célère en vue de l’identification et de l’arrestation des coupables.
Par ailleurs, les corps de huit jeunes gens, cinq femmes et trois hommes, apparemment assassinés à l’arme blanche, ont été découverts entre le week-end dernier et lundi près de Miragoâne (Nippes, sud-ouest). spp/Radio Kiskeya
